Portraits (dé)confinés : Discussions avec une cuisinière passionnée

Dans la rubrique Portraits (dé)confinés, nous donnons la parole à ces restaurateurs qui ont dû fermer leurs portes du jour au lendemain. Depuis le 11 mai, la plupart proposent de la vente à emporter, mais le chemin reste long vers une stabilisation de leur activité.





Aujourd'hui, c'est avec Elodie que nous avons dabblablé. Depuis deux ans, elle gère le restaurant l'Aiguillage avec Natacha.

Au menu : cuisine nature, engagement social et solidaire, féminisme...





Parle-nous de ton resto :

L’Aiguillage c’est un resto de nanas ! Plus sérieusement c’est une cuisine fraîche et inventive, attentive à l'économie sociale et solidaire. Au quotidien, ça veut dire intégrer les impacts et les interactions de notre métier sur la nature, les liens sociaux, et tout l’écosystème qui rayonne autour de la restauration. Nous travaillons avec cette ligne directrice.

Nous avons toutes les deux fait un long chemin pour arriver à notre resto… choisir nos produits, nos fournisseurs, élaborer nos recettes : c’est notre manière d’être restauratrices. Pour avoir de bons petits plats, il faut de bons produits indéniablement… mais aussi une atmosphère : un resto c’est un lieu de vie, d’échanges et de partages.

Nous avons ensuite pris une orientation particulière : dans nos quatre assiettes du jour, nous proposons des repas qui conviennent à tous les régimes alimentaires, du végétarien et du végétal. Quasiment la moitié de nos clients choisissent un plat végétarien. On aime rappeler aux indécis qu’un gratin de ravioles c’est végétarien et c’est trop bon !


Comment avez-vous occupé vos journées confinées ?

J’ai deux petites filles dont il a fallu s’occuper et une maison à retaper ! Je n’ai donc pas beaucoup cuisiné. J’ai pris quand même soin de mon jardin d’aromates, auquel je fais prendre du volume chaque année : Mon rendez vous attendu du printemps à la Ferme aromatique de Varces s’est fait juste avant le confinement. J’y déniche de nouvelles plantes aromatiques. En cueillette sauvage (au bout du chemin, moins de 1km de chez nous), c’était la période de l’ail des ours et on a donc fait beaucoup de pesto à la maison !

Natacha a été hyper productive : en plus de sa journée de maman, elle a suivi une formation à distance en pâtisserie végétale. À la sortie du confinement, pour notre première semaine de ré-ouverture, nous avons proposé un bavarois rhubarbe et fraise et une tartelette chocolat et praliné. La pâtisserie vegan c’est un régal. C’est souvent plus de goût, plus de gourmandise, et beaucoup moins de beurre aussi !

Samedi 14 mars, tu entends Edouard Philippe dire que les restaurants doivent fermer à minuit jusqu'à nouvel ordre. Ton sentiment à ce moment là ?

Nous étions en plein service et au fil de leurs arrivées, les clients nous ont annoncé la nouvelle. À 23h30, les policiers passent nous confirmer la fermeture obligatoire à minuit, ça fait un drôle d’effet ! On s’y attendait pourtant un peu. Tout de suite, je me dis que privilégier la santé à l’économie, c’est normal.


Et quelques jours après, que ressens-tu ?

Du stress de ne pas avoir de vision sur ce qui va se passer. Aujourd’hui, il faut mettre de côté ce qu’on a mis en place depuis deux ans en terme d’organisation et partir sur tout autre chose : la vente à emporter c’est complètement différent. Nous n’avons pas beaucoup de marge de manœuvre et il faut trouver la bonne solution pour le resto rapidement.

Je suis quand même confiante. Nous sommes deux, c’est une force !

Nous avons aussi en tête que ces mesures ont mis en très grande difficulté beaucoup de restaurateurs, des copains, des voisins...c’est un peu dur.


Quelles actions et décisions pour le restaurant ?

Nous n’avons jamais fait de vente à emporter, alors on a décidé de s’y mettre deux jours par semaine. Pour le futur, on va essayer de combiner la restauration sur place et à emporter. Pour l’instant nous ne sommes ouvertes que le midi et on va sûrement devoir ouvrir le soir.

Tout modifier quoi ! Observer les nouvelles habitudes et s’adapter, faire preuve d’un maximum de souplesse... C’est fatiguant pour le cerveau, et la famille !

Mais ce nouveau projet nous fait avancer, on est contentes : on essaie d’en tirer le positif au maximum. Nous mettons aussi en place des points de retrait (Satoriz Grenoble et Biocoop Malherbe) et de la livraison avec Sicklo (collectif de coursiers grenoblois assurant la livraison de repas).

Ce qui me chagrine un peu dans la vente à emporter, c’est de ne pas accueillir les gens chez nous. C’est tellement important de recevoir dans nos métiers. On recherche des solutions : l’entreprise StandPub à Saint Martin d’hères invente et produit des solutions de mise en conformité en matière d’hygiène dans les lieux accueillant du public. Nous allons être leur restaurant témoin !


Qu’est-ce qui te manque le plus depuis le début du confinement ?

Voir les copains ! Plus généralement, pouvoir vivre, la liberté et la vie sociale. J’ai aussi besoin de profiter de la nature qui nous entoure.


C’est quoi la question à laquelle tu aurais aimé répondre ?

“Quelle est la place de la femme dans les métiers de bouche ?”

Le milieu de la cuisine est aujourd’hui fortement représenté par des hommes (deux femmes seulement ont obtenu trois étoiles Michelin dans le monde)... et pourtant les femmes sont présentes. Je ne tiens pas à confronter les genres, je veux surtout véhiculer l’idée que les femmes font aussi de belles choses, avec de belles valeurs et qu’elles ont toutes leur place dans ce métier et ce depuis toujours.


À l’ouverture du resto, on s’est retrouvé dans le guide sur les femmes cheffes, qui valorise le travail et la place des femmes dans les cuisines. On avait organisé une soirée des femmes cheffes au resto, et une rencontre avec Vérane Frediani, journaliste à l'initiative de beaucoup d’actions pour valoriser le travail des femmes dans la gastronomie. C’était une soirée tellement enrichissante !



Les infos pratiques :

L’Aiguillage - 14 Rue Abbé Grégoire à Grenoble

Vente à emporter deux jours par semaine

Menus disponibles sur les réseaux : Instagram & Facebook

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